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De la rue au musée: au delà du street art

Avec tout le battage médiatique autour de cette exposition et de grands noms du Street Art à l’affiche, on était impatients d’aller faire un tour… au Musée de la Poste.

Première tentative… Loupé ! Il faut dire qu’on a eu l’idée ô combien lumineuse de se présenter au 34 boulevard Vaugirard… un samedi à 16h. Avec une heure de queue annoncée, et une fermeture du musée à 18h, j’avoue qu’on a renoncé…

Deuxième tentative… un vendredi à 15 h… Pas un chat ! On pu ainsi avoir toute liberté pour flâner, véritable luxe dans les expositions temporaires parisiennes.

Pour tout vous avouer, n’ayant jamais eu l’occasion d’assister à une exposition consacrée au Street Art, « Life is beautiful », l’exposition de Thierry Guetta à Guetta, dont on a pu assister dans les coulisses à la triomphale réussite (ou pas) dans le film de Banksy Exit Through the Gift Shop était peu ou prou mon unique référence sur le sujet… et quelle référence! Autre thème central du film, l’évolution du Street Art, devenu bankable et vendu chez Christie’s, exposé dans les musées, s’embourgeoisant, perdant de son aspérité et affaiblissant la portée de son message contestataire…

Pochoir de Blek le Rat

Une introduction au Street Art

L’exposition offre, avec près de 70 oeuvres, un panorama, qui bien que lacunaire et incomplet, se révèle être un véritable parcours initiatique, dont le visiteur (même le plus hermétique) ressort avec la furieuse envie d’explorer sa ville à la recherche des traces de cet art éphèmère.

Entre peinture rupestre et art (très?) naïf pour Zlotykamien

Celle-ci s’ouvre sur deux salle consacrées aux pionniers du Street Art en France : de Zlotykamien à  Miss Tic en passant par Blek le Rat ou Ernest Pignon-Ernest, Jef Aérosol et Mesnager. On poursuit notre traversée du Street Art avec 10 petits espaces, bien délimitées, consacrés chacun à un street artist contemporain, de renommée internationale.

Pop culture sur palissade pour Jef Aérosol

Si l’on ne peut s’empêcher de voir des influences mutuelles certaines, et même dans certains cas, une véritable filiation, plus ou moins assumée, comme entre Blek le Rat et Banksy, on reste néanmoins saisi devant la diversité du Street Art.

Alixa & Naima par Swoon sur linoléum imprimé

Tantôt figuratif, tantôt abstrait, chaque artiste sélectionné par l’Adresse semble se distinguer par un style personnel et un coup de crayon unique qui définissent une véritable identité artistique.

Il existe ainsi  de multiples formes de Street Art; il semble ainsi difficile d’assimiler les sprites d’un Invader aux portraits oniriques de C215 ou de Swoon, ou de mettre en parallèle les personnages, très proches de la BD, de Dran avec les pochoirs de notre célèbre anonyme Banksy…

Miss-Tic « Plus fort que la passion, l’illusion »

Certains artistes inscrivent directement leur travaux dans une filiation avec de grands mouvements artistiques : néoréalisme, art naïf, lettrisme pour L’Atlas, Pixel Art (une des marottes de ce blog)…

Si la rue est le seul point commun à l’ensemble de ces formes d’art, on peut en effet légitimement se demander si le passage de ces oeuvres de la rue à la cimaise, de l’éphémère à la postérité, ne met pas à mal l’essence même de cet art… qui risquerait d’en perdre son qualificatif.

Des pratiques artistiques… en renouvellement constant

Nostros, par C215

Vhils découvre de l’art dans la matière: acide (radical!) sur plaque de métal

Tel un funambule, le Musée de la Poste propose de résoudre (en partie) cet étrange paradoxe. En lieu et place des traditionnels tableaux, on retrouve des portes, plaques de métal, panneau de signalisation, des palissades de bois, un bloc de pierre, des rubik’s cube, du linoléum simplement épinglé, un bout de moquette, un carton à pizza (beurk) ou encore (musée de la poste oblige) une boîte aux lettres, un sac postal.

Scratching the surface, par Vhils: entre brutalité et finesse

Certaines de ces œuvres semblent même transcender leur espace formel : débordant du cadre pour Banksy, se prolongeant sur les murs pour C215, directement réalisé sur le mur pour Rero, les oeuvres retrouvent ainsi leur aspect éphémère.

Si les supports sont différents, le Street Art se révèle prolixe également par la diversité des pratiques artistiques, loin de se limiter au seul usage de  la bombe aérosol et de son comparse le pochoir.

du bon usage du Rubik’s Cube par Invader

Acrylique pour les uns, impressions et tampons pour les autres, mais aussi découpages, lacération nerveuse, mosaïques, jeux sur la typographie, sculptures, eau vive, le Street Art se renouvelle, et repoussant les limites, en n’hésitant pas à se mettre en danger en explorant de nouvelles techniques ou en redécouvrant de plus anciennes, se réinvente.

La démarche de Vhils est de soustraire de la matière, un peu comme s’il trouvait à la manière d’un archéologue une oeuvre d’art dans l’âme de la matière: découpage d’affiche, taille dans la pierre ou acide, il se joue des contraintes et varie les techniques.

Le matériel d’un pochoiriste

Intelligemment, l’exposition rend hommage à cette multiplicité de techniques, parfois d’un nouveau genre, en exposant le matériel utilisé par les artistes.

Pour accompagner cette immersion dans l’univers et la démarche créative des artistes, l’Adresse a sélectionné un ensemble de vidéos : on découvre nos artistes à l’oeuvre dans leurs ateliers (seuls ou en équipe d’ailleurs), on les suit dans leurs pérégrinations de nos street artists dans les rues du monde entier…

Ville propre, par Dran

L’art dans la rue

Invader propage son virus

Un des points communs à tous ces artistes est l’occupation urbaine ; quelque soit la matière ou la technique employée, la rue s’est substitué à la toile, elle est l’espace d’intervention de l’artiste.

Pourtant, dans la façon même de l’arraisonner, ceux-ci diffèrent.

Pour C215, « le Street Art c’est de l’art destiné expressément à la rue puis placé inopinément dans la rue ». Il s’agit pour lui de poétiser l’espace urbain et d’inviter à un voyage onirique. Ce sont tant les aphories que les pochoirs léchés de la féministe (non ce n’est pas un gros mot!) Miss Tic qui nous invitent au transport.

Les Expulsés, par Ernest Pignon-Ernest

Autre façon d’appréhender la rue, de façon massive et ludique,avec Invader qui se considère davantage comme un hacker propageant un virus.
Ernest Pignon-Ernest quant à lui choisit expressément ses lieux par rapports au sujet de son oeuvre, il « glisse un signe poétique de façon à mieux comprendre le lieu ». Il choisit ainsi d’apposer « Les Expulsés » sur les vestiges d’un immeuble détruit, une façon d’interpeller le public.
D’une façon différente, les Ephémères, dessins muraux de Zlotykamien, sont expressément voulus pour déranger :

« mes dessins muraux vont à la rencontre d’un public qui n’a aucune raison de m’aimer ».

Collectivement, la rue est appréhendée comme un véhicule démocratique de l’art. Mesnager, qui peuple les rues de son homme blanc rappelant les découpages de Matisse, explique son choix en ces termes :

Croûte par Dran

« Je me suis dit : je serais libre de tout circuit marchand, dans la rue, on peut faire de l’art pour les gens de notre époque, pour les passants comme pour les clochards ! ».

La condamnation de l’art, marchand et institutionnalisé, est rémanente chez ces artistes ; on l’avait déjà vu avec le film de Banksy, Dran raille les galeries avec son oeuvre sur carton de pizza « croûte ».

Banksy joue avec les symbole du pouvoir régalien

Média immédiat mais support éphémère, la rue, inscrit ces oeuvres dans la contemporéanité.

Les street artists sont ainsi des observateurs privilégiés de la société, tel Dran qui croque de petites scénettes de la vie quotidienne avec un trait et un humour noir, semblable aux dessins d’actualité.

D’autres soulignant les dérives de la société et la mette en question ; on peut penser au libertaire et anarchiste Banksy qui détourne les codes de l’Etat, billets et timbres, distribués dans la rue, ou n’hésite pas à apposer une image de plage sur le mur de Gaza.

Le Street Art questionne donc la société, son évolution, ses métamorphoses. Rero s’interroge sur la fin du livre (la faute au numérique et à google),  Shepard Fairey s’intéresse plus particulièrement aux médias et à leur pouvoir de propagande.

« Page not found » par Rero

Par le choix de la rue comme moyen d’expression, ces street artists questionnent la place de l’homme dans son environnement et métamorphosent la ville, qu’il s’agisse comme C215 ou Vhils de rendre la ville plus humaine, ou comme Ludo, qui remet la nature au coeur d’une ville faite de béton avec ses immenses insectes verts; Obey et Banksy font de la rut un espace de libre expression, un média démocratique, et tentent d’en faire le point de départ d’un réveil citoyen de la société civile.

 

Au delà du Street Art nous fait le panorama d’un mouvement artistique, vaste, fourmillant et riche, inventif, en constante évolution et  aux prises directes avec la société… L’exposition, en le faisant passer de la rue au musée, rend hommage à ces artistes et donne ses lettres de noblesse à cette forme d’art pendant longtemps méprisé par le marché de l’art.

On ressort de l’exposition avec la furieuse envie d’en voir plus…

Le seul défaut réside dans une absence, la rue, environnement naturel de l’oeuvre d’art… mais aussi cette rencontre anecdotique du quotidien, au détour d’une rue.

Ces traces humaines, éphémères, soumises aux aléas du temps, n’ont pas dans les musées ni la même patine, ni la même force mais ne font que nous figurer ce qu’est le Street Art… un peu comme si on lisait un livre sur un écran de cinéma.

Ne nous reste donc plus qu’à flâner.

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