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Découverte de la Gaîté Lyrique au travers de l’exposition 2062, aller-retour vers le futur

2062, Aller-Retour vers le Futur jusqu’au 25 mars 2012 à la Gaîté Lyrique, fermée le lundi, Paris 3ème

« Les villes portent les stigmates du temps, occasionnellement les promesses d’époques futures » Marguerite Yourcenar

Le lieu en lui-même, en dehors du temps, invite au voyage dans le paradigme de la temporalité (je m’enflamme un peu non?), tant il semble que cet ancien théâtre a vécu plusieurs vies tout en devenant objet d’anticipation.

Construit en 1862 pour les opérettes à succès d’Offenbach, tombé en désuétude et repris à coût de dizaines de millions d’euros d’investissement (et presque autant de coups de bulldozers) pour faire un parc d’attraction urbain (argggghhhhhh !!!!), la Gaîté Lyrique conserve encore quelques orgueilleuses traces de ce passé avec son foyer historique, sa façade napoléonienne et peut-être davantage au travers de cet ostensible accent circonflexe à l’heure de la simplification de l’orthographe et de l’horrifiant règne sans partage du langage SMS. Trêve de digressions et revenons en à nos moutons. Derrière ce projet de réhabilitation colossal (8 ans de travaux pour 85 millions d’investissement) confié à l’architecte Manuelle Gautrand, c’est cependant un espace bien différent de celui de l’ancien théâtre, un espace résolument ancré dans le 21ième siècle et l’ère du numérique, à l’architecture épurée et novatrice, faisant la part belle aux nouvelles technologies avec sa signalétique interactive, son réseau complexe de fibre optique pour le son, ses multiples hauts parleurs et écrans… L’architecte a créé des espaces modulables que les artistes peuvent facilement adapter et s’approprier :

« On peut résumer ce lieu en disant que c’est une magnifique boîte à outil. L’ensemble du bâtiment est interactif, ce qui permet aux artistes de s’approprier tous les espaces, y compris les espaces de circulations. C’est un corps dans lequel ils peuvent s’installer d’un bout à l’autre, d’une manière interactive »

Mobilier au design futuriste, couloirs aux couleurs acidulées se mêlant à la froideur du néon, béton et couleurs pop, le lieu nous a définitivement séduit et se prête parfaitement aux ambitions nouvelles de la Gaîté Lyrique.

En effet, l’ancien théâtre aspire désormais à devenir un centre culturel unique, gigantesque avec ses huit étages, consacré aux cultures numériques. Après l’ouverture du Cube et la rénovation du 104, la ville de Paris met en avant cette culture issue d’un balancement entre les nouvelles technologies et l’art ; notre article sur la sculpture numérique est une bonne illustration des nouvelles opportunités offertes aux artistes.

Autour de grandes thématiques traitées de façon transversale et pluridisciplinaire , la Gaîté fait appel à des artistes d’horizons divers (musique électronique, design, architecture, graphisme, danse et théâtre interactifs, art 3D, plasticiens, vidéastes) mais aussi à des scientifiques ou des philosophes pour des séries de conférences. Le lieu n’est donc pas une simple galerie ou un musée, il adopte une démarche culturelle globale. La Gaîté se décompose ainsi en plusieurs espaces : un espace d’exposition, bien entendu, mais aussi une salle de concert (espace engoncé dans un immense cube métallique), une salle de conférence, un salle de projection, un café, mais aussi un centre de ressources (médiathèques, espace de travail et bibliothèques avec des ouvrages sélectionnés en fonction des thématiques abordées) et une salle de jeux vidéos.

L’océan est réduit à un simple couloir d’eau pour répondre à la demande de vacanciers se déplaçant en masse dans les stations balnéaires

La grande thématique du moment invite à penser nos modes de vies au moment du bicentenaire de la Gaîté Lyrique (serait-ce pied de nez aux détracteurs du projet qui ont présumé de la viabilité d’un tel lieu ?). Des ateliers (de l’hypnose à d’étranges expérimentations -si ça vous tente, l’expérience proposée par Michel Reilhac recherche 70 volontaires pour les enfermer pendant 48heures sans moyen de communication), des conférences (sur les innovations de la science, l’avenir de la publicité) aux installations, la Gaîté, au travers des cheminements de ses artistes, nous invite à réfléchir sur les problématiques de demain avec finesse et perspicacité.

L’exposition débute avec les installations du Pleix présentant une vision dystopique de notre société future. En tant qu’illustrateurs 3D (un peu de nombrilisme ne peut faire de mal !), on a particulièrement apprécié les œuvres de ce collectif composé de designers, graphistes, illustrateurs 3D,musiciens venus de la publicité).

Les animaux se prémunissent contre l’homme

L’alimentation du futur… peu râgoutant tout ça

Dans une démarche prospectiviste, ils invitent à penser l’avenir en observant les comportements actuels de notre société de surconsommation : l’homme apparaît encarté dans la solitude, s’évadant dans des univers virtuels et vivant dans une société où il n’existe que comme consommateur de masse.

NoDesign nous invite à rêver aux innovations de demain au regard de l’histoire des progrès technologiques et des entreprises, ce sont les innovations d’aujourd’hui qui façonneront nos modes de vie futures; c’est pour cela qu’elles ne doivent avoir qu’un seul objet d’attention, l’homme. Pêle-mêle : quel avenir pour le monde de l’édition et la littérature dans le cadre de la révolution du livre numérique ? Comment la révolution de l’information et la multiplication de données grâce à internet influencera notre vie de demain, sera-telle émancipatrice ou aliénante? Autour de la supraconductivité et des futures découvertes de la physique, des designers, anticipant les applications possibles, ont imaginés des objets: bijoux en lévitation, chaussures de sport volantes. L’exposition s’est ainsi ouverte par une démonstration de skateboard « volant » à la Marty Mc Fly dans retour vers le Futur 2 (pour information, cet opus nous transportait en… 2015).

Le robot trader, une machine archaïque qui fait de la spéculation boursière

L’exposition se fait au fur et à mesure plus intime. David Chavialle nous propose avec sa micro-ferme hors sol de réfléchir à l’agriculture de demain. Ces fermes bios dans des containers serres, déplaçables, produisent des légumes bios mais on peut aussi y élever des poissons (particulièrement utiles pour obtenir un engrais naturel),elles installent ainsi l’agriculture dans un cadre urbain et envisage ainsi pour la ville de demain un circuit court de distribution. On pénètre surpris une salle noire où l’on observe à la lampe telle une peinture rupestre les caricatures de François Olislaeger représentant des scènes de vie du futur qu’ont imaginés des internautes sur le site de la Gaîté. Le Salon 2067 de David Guez nous questionne sur notre appréhension du temps et de la mémoire en nous proposant de laisser des messages (mails ou messages vocaux) qui ne seront reçus par leur destinataire qu’à la date souhaitée. Le robot trader de RYBN enregistre et analyse des dépêches catastrophiques, les mouvements de l’activité spéculative, informations compactées par la machine en algorithme qui lui font acheter et vendre des actions: la spéculation boursière et la finance (cet acteur économique devenu politique) apparaissent dans toute leur absurdité.

« L’avenir est un miroir sans glace » Xavier Forneret

Anxiogène et oppressante parfois, mais toujours ludique et interactive, 2062 Aller-retour vers le futur nous enjoint en réalité à observer notre société actuelle, à éclairer les problématiques du présent depuis notre regard sur le futur et à appréhender comment les réalités présentes façonnent notre futur. Avec subtilité, elle nous presse d’agir: l’homme reste toujours l’acteur des choix qui détermineront notre vie future. Elle nous encourage à prendre le contre pied du propos de Michel Godet

« Si l’histoire ne se répète pas, les comportements humains se reproduisent »

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