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Le film de banksy, faites le mur!

 

Encore un attentat commis par les traducteurs de titre de film !

 

Synopsis

Thierry Guetta, un français expatrié aux Etats-Unis et vendeur de fripes, filme tout ce qu’il voit de manière compulsive. Grâce à son cousin, Invaders, et au prétexte de réaliser un documentaire,  il se met à suivre les plus grands street artists. Il parvient même à rencontrer le plus secret d’entre eux, Banksy. Celui-ci somme Thierry de monter son film, mais ce qu’il voit est tellement effarant que Banksy décide de le réaliser lui-même. Afin de détourner l’attention de Thierry, il l’incite à devenir un artiste. Mr Brainwash est né et devient la coqueluche de Los Angeles… en plagiant les œuvres des artistes qu’il a fréquentés.

On est tombé un peu par hasard sur Canal sur ce film de Banksy. A l’époque de sa sortie, on avait pourtant été interloqué… Qu’avait donc un des plus renommés représentants du street art à exprimer au travers d’un film qu’il ne pusse exprimer au travers de ses œuvres? Pourquoi se mettre à la réalisation lorsqu’on est un artiste avec une telle notoriété ?

Bon, en réalité, 8 euros la place, pour le film d’un gars qui se dit subversif, dénonçant l’ordre établi et le système capitaliste … Non ! On s’attendait en effet à un documentaire : culturel certes, intéressant de surcroît, ravivant quelques souvenirs d’adolescence (certains d’entre nous ont encore quelques bombes à la maison) mais pas très drôle. De plus, aller voir dans une salle obscure un film sur un art qui s’expose dans les rues…

Bonne surprise avec cet ovni du cinéma, à l’humour caustique, au regard incisif et au propos intelligent.

Un documentaire

On a plaisir à retrouver les plus grands noms du street art (André, Fairey, Invaders, Borf…) et à les suivre dans leurs pérégrinations nocturne, instillant un peu de poésie dans un paysage urbain grisâtre. Mais l’ascension de Thierry Guetta semble bien renvoyer à une évolution du street art. Avec distance et non moins d’ironie, Banksy observe comment le monde de l’art s’empare du phénomène street art, le sortant de la clandestinité pour les salles de vente de chez Christie’s.

 

On apprend cependant assez peu de choses sur le mystérieux Banksy : voix modifié, visage camouflé sous une grosse capuche, il n’intervient que pour parler de Thierry Guetta, avec beaucoup d’humour, en maniant le double sens et le jeu de mot (so british!).

Une farce fiction ?

Plus on avance dans le film, plus Thierry Guetta nous apparaît comme un personnage improbable. Candide et gauche (un bon échantillon de son talent dans la bande annonce), à la dégaine improbable (pourvu qu’il ne remette pas à la mode les favoris!) s’exprime en mauvais anglais avec un accent so frenchy à mourir de rire. Mégalomane, il n’hésite pas, tout en assumant l’emprunt (plutôt l’imposture et le plagiat), à soutenir la comparaison avec de grands artistes à l’instar d’Andy Warhol dont il se dit l’héritier.

Mr Brainwash est-il un personnage de fiction?

Il apparaît bien qu’un artiste nommé Mr Brainwash ait exposé à Los Angeles, Miami et New York. Il a même réalisé la pochette d’un album de Madonna. Il a même un site internet proposant de vendre des « œuvres en ligne »… une vaste blague dont la visite vaut vraiment le détour. Il applique à son « art » les techniques marketing qu’ils avaient mises en œuvre dans son magasin de fripes: recycler des vêtements achetés à bas prix et les vendre à une fortune à des bobos en les estampillant hype et « créateur »…

On peut donc se demander si Mr Brainwash serait une construction de Banksy lui-même. Il emprunte largement au style de Banksy dont il serait le double, un produit du capitalisme et de ses dérives sur le monde de l’art.

Un essai sur le monde de l’art

Par ce biais, Banksy critique ce monde de l’art prêt à débourser des sommes folles pour des succédanés d’art, un monde qui s’appuie sur la communication et le marketing pour déterminer le succès d’un artiste. Le capitalisme a fait de l’art un simple marché. A l’origine, il voulait donner à son film un titre un peu plus explicite : Comment vendre de la M… à des C…

Banksy lui-même a été critiqué pour avoir sorti de la rue le street art. L’une de ces œuvres, réalisée en partenariat avec le très « quoté » Damien Hirst, s’est vendu à 1,4 millions de dollars et son exposition Barely Legal a accueilli des célébrités comme Angelina Jolie. L’artiste marginal, illégal est devenu hype (paix à son âme). Il semble faire partie lui-même de ce système et répond aux critiques avec ironie :

« J’utilise l’art pour contester l’ordre établi, mais peut-être que j’utilise simplement la contestation pour promouvoir mes œuvres»

Avec ce film, Banksy se livre plus qu’il n’y paraît. Il dévoile d’une certaine façon son propre désarroi face à un succès qui l’a sorti de la rue pour le jeter en pâture au marché de l’art (d’accord… il y a pire dans la vie), faisant de Banksy un « artiste d’affaires », un nouvel Andy Warhol. Il semble déplorer cette reconnaissance qui tend à vider ses œuvres de leur sens originel, de leur message contestataire et subversif. On comprend dès lors qu’il ait choisi le cinéma comme mode d’expression pour ce nouveau message…

Fiction ou réalité, canular de Banksy ou pas, avec ce premier film, Banksy réalise avec virtuosité un essai corrosif et caustique, sur le monde de l’art et ses dérives.

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