Free vs Google: et l’internaute dans tout ça?

Si l’on doutait encore du pouvoir de lobbying des régies publicitaires du web, il a suffi d’écouter notre ministre déléguée à l’Economie Numérique s’exprimer sur le filtre anti-pub Free
Il est vrai que l’opérateur n’en est pas à son premier tonitruant coup d’éclat médiatique.

La bande passante : à qui de payer?

A l’occasion d’une mise à jour de sa Freebox Revolution le 3 janvier, le fournisseur d’accès a ajouté un système de filtrage des publicités qui est, d’office, actif. On se souvient de la guéguerre entre les différents navigateurs au sujet de l’activation par défaut ou non de leurs systèmes de filtrage et de l’initiative de Microsoft de bloquer les cookies avec un dispositif Do Not Track par défaut pour son Internet Explorer 10.

Comme pour Microsoft (qui s’est offert un coup de pub gratuit pour son navigateur internet qui était en perte de vitesse), il ne s’agit pas pour Free d’un acte de pure philanthropie née du constat de la surexposition ET du fichage systématique de ses abonnés. Si Xavier Niel a choisi de faire pression sur le mastodonte américain Google, c’est bien en réalité une histoire de gros sous… le coup de com’ est en bonus !

Ce que reproche Free à la régie Google, c’est de faire transiter d’énormes données sur le réseau de Free, sans contrepartie financière : nos fameux cookies et publicités ciblées prennent énormément de bande passante alors que Google estime « fournir un service » (bien que gracieusement rémunéré par les annonceurs) aux abonnées de Free…

Avec l’arrivée dans les prochaines années des TV connectées, la question de qui paiera la note pour les travaux sur le réseau se pose avec d’autant plus d’acuité. La ministre déléguée à l’Economie numérique, Fleur Pellerin, s’est déclaré consciente de la problématique :

« Je pense que le problème posé de manière plus générale est celui du rapport entre les fournisseurs d’accès Internet ou les opérateurs télécom et les prestataires de service Internet sur la gestion de la bande passante [...]. Dans les années qui viennent avec l’arrivée de la télévision connectée, de Google TV, d’Apple TV et d’Amazon TV, il va y avoir une consommation de plus en plus massive de bande passante et la question qui se pose c’est de savoir qui doit payer pour ces investissements »

Un déblocage gouvernemental qui préserve Google

La ministre rencontrait aujourd’hui lundi 7 janvier le patron de free mais aussi éditeurs et régies, avec un absent de taille, car directement visé par Xavier Niel, Google. S’ils sont arrivés à un déblocage, la table ronde du 15 janvier (à laquelle devrait être enfin représentée le preux chevalier Google) traitera de ce problème d’utilisation de la bande passante, de « partage de valeur ajoutée », espérant ainsi trouver un « système gagnant/gagnant » :

« il ne faut pas seulement imposer des contraintes mais d’abord créer de bonnes incitations à investir pour les opérateurs locaux qui doivent impérativement investir dans le déploiement très coûteux de leurs réseaux ».

Autant dire que la ministre cherche à ménager la chèvre et le chou… et suggérerait à la clé le déblocage d’aides gouvernementales pour les mécontents… soit si Google refusait de payer.

Il n’en reste pas moins qu’elle est bien monté au créneau pour soutenir Google…

Enfin officiellement (et consensuellement), la ministre protège surtout les sites éditeurs de publicité qui risqueraient de perdre leur seul revenu. Mais elle a également enforché son cheval blanc afin de défendre notre sacro-sainte liberté… d’avoir de la pub :

« D’un point de vue politique, ce blocage n’est pas compatible avec ma vision d’un Internet libre et ouvert où l’internaute reste maître ».

Quant à la liberté de ne pas être en permanence sollicité par la pub… et bien, la question n’est toujours pas résolue, et celle-ci n’est même pas posée. D’autant plus que la ministre remet même en cause la légalité d’un dispositif anti pub, qui pour elle ne serait pas « techniquement évidente » . On revient à nouveau à ce sempiternel débat de l’inégalité devant le numérique. Quel est le pourcentage de la population sachant paramétrer son navigateur pour éviter la publicité?

Rappelons que la directive européenne concernant justement les cookies (qu’on avait vu dans notre article sur la législation encadrant la publicité comportementale) n’est toujours que partiellement (et imparfaitement) retranscrite en droit français.

La ministre déclare ainsi que « le droit, français ou européen, dit assez peu de choses » sur le principe de Net neutralité. Elle semble ici faire fi des récentes initiatives européennes concernant notamment la publicité ciblée/comportementale sur le web (cette publicité interactive prenant tant de bande passante), ainsi que les recommandations draconiennes de la CNIL (qui nous faisaient déjà doucement rire à l’époque).

Nous restait à voir si avec le nouveau du gouvernement, celles-ci seraient bien appliquées… je pense qu’on est positionné !
Enième coup de com’ pour Free, les tenants d’un internet libre trouvent parfois des alliés tant inattendus qu’intéressés.
Le débat reste cependant ouvert : la publicité est en effet un acteur primordial de l’économie numérique… mais il n’est pas le seul… Le lobbying efficace des régies (dont aucune n’est européenne) a été relayé par celui des éditeurs afin de mobiliser le gouvernement… Et l’internaute dans tout ça?

 

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