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La Gaîté Lyrique joue le jeu

Jusqu’au 12 juillet, la Gaîté se transforme en terrain de jeu grandeur nature de 5 000m² pour l’exposition ludique et ré-créative, « Joue le jeu ». Jeux vidéo ou jeux physiques, la Gaîté nous invite à retrouver les plaisirs de l’enfance, tout en réfléchissant à la place du jeu dans les arts et l’espace culturel.

Des jeux atypiques

Encore une fois, la Gaîté se fait visionnaire.

Il ne s’agit pas d’une exposition rétrospective sur le jeu et sa pratique à travers les âges. La Gaîté invite à entrevoir de nouvelles formes de jeu mais aussi de nouvelles façons de jouer, tout en s’interrogeant sur les pratiques sociales et culturelles qui se mettent en place autour du jeu.

Le jeu devient un mode d’expression artistique pour le créateur alors que, l’action de jouer se transforme en une performance artistique : là semble être l’essence du parcours initiatique que propose la Gaîté lyrique.

C’est peu dire l’ambition tant des créateurs de ces jeux, que de la Gaîté, qui mise à nouveau, sur l’intelligence et la sensibilité de ses visiteurs, en proposant des jeux créatifs, graphiques et avant-gardistes, éloignés des circuits commerciaux classiques.

Passons en revue quelques uns de ces jeux.

La Gaîté joue: interaction avec l’espace et l’architecture

Avec The Building is…, la Gaîté joue avec le visiteur. Personnifiée pour l’occasion, elle s’exprime à travers les écrans disséminés dans le bâtiment, exprimant son humeur en diffusant des messages ou encore en changeant son éclairage…

Le jeu : Une carte vous est distribuée à l’entrée invitant le visiteur à jouer avec le bâtiment au travers de quatre installations qui stimulent les sens du bâtiment. A la fin, celle-ci dévoile quel type d’assistant elle considère que vous êtes. Si il se trouve qu’à ce moment là, elle recherche un tel assistant, vous avez le droit d’aller visiter une pièce secrète bonus, pour tenter de changer l’humeur de la Gaîté.

Interférences

D’autres installations permettent d’interagir avec l’espace. Electricity comes from other planets met ainsi à profit les 21 mètres de mur de projection de la Gaîté. En se déplaçant sur une sorte de clavier au sol, on active des effets visuels et très graphiques ainsi que des compositions musicales étranges qui diffèrent selon les combinaisons effectués : le fantasme du film Big en version plus sophistiquée, arty et High Tech…

Certains jeux sont intégrés à l’espace, ils le façonnent et le subliment. C’est notamment le cas d’ Interférences. Ce jeu a été spécialement conçu pour s’intégrer à l’architecture si particulière de la Gaîté par Eric Zimmerman (à la tête de Gamelab, inventeur de nouveaux modes de jeu) et l’architecte Nathalie Pozzi. Ce jeu physique au design élégant avec ses plaques d’acier perforées à l’apparence de cellules organiques, invite plusieurs joueurs à s’affronter, en se volant des pièces.

Le jeu, vecteur d’interactions sociales

Le jeu n’est pas solitaire mais est devenu une pratique sociale à part entière, acceptable par la société, vecteur d’interaction et d’intégration.

Dans cette perspective, la Gaîté remet au goût du jour des jeux solitaires, sortis des méandres de souvenirs de nos cours de récréation. La classique et traditionnelle marelle est dérivée en une version duo.

Une esthétique poétique pour Ibb and Obb

Ibb and obb donne une autre approche du jeu de plateforme en imposant la solidarité.  Ce jeu ne peut se jouer qu’en coopération, certains obstacles sont infranchissables sans l’aide de son partenaire, alors que si l’un disparaît, l’autre aussi. Il y a deux côtés pour le même chemin, ayant chacun leur gravité: un univers très graphique et coloré pour un game play collaboratif et solidaire

La technologie Kinect a également réinventé le jeu et les interactions sociales… aux vues du succès de Game Central lors des soirées organisées entre amis, je ne pourrais vous dire le contraire… Malgré l’aspect retro de la borne d’arcade du jeu Ninja Shadow Warrior, c’est bien cette technologie qui est mise à l’honneur. Le but, échapper à ses ennemis en imitant des objets pour se camoufler. Il faut bien plus de deux personnes pour réussir à reproduire des formes complexes (ou du moins absolument pas humaines tel un arbre, un pot, un éléphant… des tongs!) : soirées entre amis avec des situations cocasses en perspective…

FLX, quant à lui, se joue à trois. Particulièrement esthétique avec son univers noir et blanc, en cell-shading, il s’agit de faire une course, tout en étant lié à ses adversaires par un élastique.

En opposition, Fader, à l’esthétique simple et épurée, jouant de transparences, propose au joueur d’incarner deux avatars en même temps qui évoluent sur deux niveaux différents.

New Arcade : le jeu vidéo comme pratique culturelle

La Gaîté fait la part belle au concept de « New Arcade » : entre salle d’arcade et salle d’exposition, jeu et performance artistique, ces jeux sont pleinement inscrits dans le registre de l’expérimentation artistique. Outre les jeux du niveau -1, qui ont en commun, une esthétique et une identité graphique très poussée, il faudra vous diriger au troisième niveau pour voir le concept poussé à son paroxysme.

Babycastles, collectif d’artistes (musiciens, plasticiens, programmateurs…) adeptes de retrogaming, n’en est pas à son coup d’essai avec Meotown ; il est coutumier de l’organisation d’événements dits de « Game art » à New York, que ce soit au prestigieux MoMA, au Museum d’Histoire Naturelle ou au Museum of Moving Image. A cette occasion, ces espaces deviennent d’échange et de partage autour de toutes les formes d’expression du Game Art : lieu d’expérimentation, galerie artistique, salle de concert, lieu de rencontre d’une communauté artistique plurielle, lieu d’échange et d’essaimage d’une nouvelle forme de culture. Dans leur sous-sol à Brooklyn, ils avaient fait sensation avec l’iconoclaste Jesus vs. Dinosaurs : impertinents vis-à-vis de l’industrie du jeu vidéo, irrévérencieux et subversifs, ils se jouent des clichés associés aux jeux (violents, entrainant des troubles de la personnalité …).

Si ceux-ci sont beaucoup moins subversifs à la Gaîté, ils ne perdent cependant rien de la folie du collectif expérimental… En collaboration avec l’artiste surréaliste Thu Tran, ils créent un écrin sur mesure pour leurs jeux rétro : une ville, à échelle humaine, avec des arcades assemblés en carton, autour du thème du chat…

Cette interface de bric et de broc, entre réalité et jeu, monde physique et virtuel, est réjouissante et nous fait retomber en enfance : on saute dans une voiturette pour incarner une souris poursuivie par un chat, on s’enferme dans une prison pour jouer à un autre, on pénètre à quatre pattes dans un drôle d’igloo…

Nos coups de cœur, les jeux vidéo d’auteur : Fez et son retrogaming innovant et créatif

Bien loin des traditionnels jeux vidéo grand public, avec des budgets faramineux, la Gaîté a sélectionné quelques jeux d’auteurs, au scénario atypique ou à l’univers poétique, n’hésitant pas à faire appel à de nouvelles formes narratives.

Papy y yo est un jeu autobiographique: on y incarne le créateur du jeu lors de son enfance en compagnie d’un père alcoolique, dans une des favelas brésiliennes.

Dans the Unfinished Swan, le joueur se retrouve déboussolé dans un univers tout blanc: pour découvrir la carte, il faut jeter de la peinture.

Krautscape est un jeu de course où la route apparaît au fur et à mesure de la course. Entouré d’une esthétique rétrofuturiste (carrément!), c’est bien tant l’expérience de jeu que le design qu’on doit à de reconnus designers suisses qui nous a séduit.

Mais notre coup de cœur (un de mes petits camardes en a monopolisé le manette pendant 20 minutes…) va à Fez.

Nostalgique de la grande époque des jeux 8 et 16 bits (toute une esthétique !), le jeu de plateforme alterne entre un univers 2D, très poche des Mario de notre enfance, et 3D (isométrique, faut pas pousser!) : grâce à un changement de perspective de la caméra, on découvre un nouveau plan, de nouveaux passages et objets. A cela, s’ajoute casse-têtes et énigmes.

Informations pratiques

A 7 euros en plein tarif et 5 en tarif réduit, ouverte du mardi au samedi de 14h à 20h et le dimanche de 14h à 18h, l’exposition est ouverte à toute la famille, idéal pour les parisiens qui n’ont pas l’opportunité de quitter Paris.

Choisissez bien votre jour, il faut prendre son temps… c’est-à-dire faire la queue pour tester les différents jeux… Comptez donc deux bonnes heures.

N’hésitez pas non plus à poser des questions aux animateurs de la Gaîté ; sans ça, il est difficile de comprendre le gameplay des jeux innovants, dont certains sont assez peu intuitifs.

Un pied dans le « Game Art »

Ces jeux, à la frontière entre culture populaire et avant gardiste, laissent à entrevoir tout un mode d’expression artistique, reposant sur l’interactivité et une esthétique du pixel (pixel art et autres), telle une subtile subversion.

« Joue le jeu » témoigne de cette effervescence créative autour du jeu vidéo et de son incursion progressive dans le champ culturel de l’art contemporain.

A n’en pas douter, le mouvement en plein essor aux Etats-Unis sait pénétrer progressivement la vieille Europe, quitte à révolutionner notre vision de la culture.

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