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ParaNorman, bijou d’animation en stop motion

Sortie dvd, le 22 janvier

Halte ! Nouvel attentat honteux à la traduction de film… Après Exit through the Gift Shop, étrangement métamorphosé en Faites le mur, ParaNorman a été bizarrement « traduit » en l’Etrange pouvoir de Norman (???).

Sorti en plein mois d’août et peut-être en parti à cause de son titre bidon (osons), c’est en traînant des pieds qu’on a été s’enfermer dans une salle obscure.

Réalisé par le studio d’animation indépendant Laika, à qui l’on doit le très joli Coraline, ParaNorman (définitivement… j’y tiens) avait pourtant tout pour séduire les infographistes 3D de Mod&Wa… A l’occasion de la sortie de Frankenweenie et afin de pouvoir soutenir la comparaison, revenons donc sur cet autre film d’animation en stop motion de l’année 2012.

En nouvelle Angleterre, dans la petite ville de Blithe Hollow, dont le seul fait historique notable qui s’y soit déroulé est une chasse aux sorcières trois cent ans auparavant, le jeune Norman, 11 ans, devise tranquillement avec les morts. Incompris par ses camarades et  sa propre famille, ce don ne favorise pas vraiment l’épanouissement social du jeune Norman.Il est pourtant le seul à pouvoir mettre fin à une invasion de zombies et venir à bout de la terrible malédiction qui frappe la ville.

Au vu du scénario, le film ne pêche évidemment pas par son excès d’originalité… Les virages scénaristiques et autres pirouettes donnent cependant du rythme au film, et ont su nous surprendre. Du drame familial au film fantastique ou gore, en passant par le film d’apprentissage, ParaNorman glisse d’un genre à l’autre avec aisance, pour finalement tomber (plus ou moins bien) dans la fable sur la tolérance (du genre… les zombies eux aussi ont des sentiments… ), parfois un peu (trop) dégoulinante de bons sentiments. Pourtant les thèmes abordés sont plus complexes qu’il n’y paraît ; pêle-mêle, les relations familiales, la mort (bien évidemment) mais aussi le fanatisme, ou encore la mémoire et l’histoire manipulée (par les vainqueurs… of course).

Habilement, à la manière d’un Edward aux mains d’argent, ParaNorman critique ainsi une middle class américaine sclérosée, faite de standards et de normes (les fameuses différences standardisées de notre société de consommation).

Une équipe improbable

On a été séduit par les personnages : par Norman, loser neurasthénique, freak, geek et marginal… tout autant que par la joyeuse tribu de personnages truculents qui le seconde, comme la bimbo décérébrée (pléonasme ?), le gentil mais niais souffre-douleur obèse, la petite brute pas très courageuse, ou le sportif gay (oui! oui! ENFIN!) qui devrait arrêter les hormones.

Des personnages qui sont certes caricaturaux, à l’instar de leur design qui accentue leur défauts physiques, mais sont plutôt bien fouillés, prenant progressivement de la profondeur, furieusement attachants et drôles.

ParaNorman est avant tout une comédie pour enfants bien que macabre et à l’humour franchement noir, à la façon d’un Burton. Le surnaturel et le morbide sont sans cesse des prétextes au comique : la scène de Norman essayant de récupérer le grimoire de son oncle tombé raide (littéralement) mort est tout bonnement hilarante!

Les deux réalisateurs, Chris Butler et Sam Fell, qualifient leur film d’« épisode de Scoubidou filmé par Sam Raimi ».

Il est vrai que le film est truffé de références multiples aux cinéma de genre. La scène qui ouvre le film, semble tout droit sortie de la bonne époque du film en 35mm et des nanards… ParaNorman est ainsi un brillant hommage au cinéma fantastique, des films de la Hammer au Sixième Sens en passant par Sam Raimi ou Romero (édulcoré… ça va de soit), les références sont ici distillés avec parcimonie et justesse évitant l’écueil du catalogue indigeste de clin d’oeil.

Des décors impressionnants

Les décors à couper le souffle, l’esthétique gothique, les accents expressionnistes de certaines lumières renvoient de manière plus ou moins assumés ou conscientes aux films de Burton ou du moins à des références qui lui sont chers.

On retrouvait déjà cette similitude dans Coraline. L’utilisation du stop motion, technique très appréciée par Burton, renforçait déjà cette analogie.

Ce choix, par un studio indépendant de surcroît, est franchement culotté à l’heure où le public aime à se faire « berner par des effets numériques » et où les films semblent produits à la chaîne. Pas moins de deux ans et demi auront été nécessaires pour celui-ci, un quasi sacerdoce pour le studio qui revendique cette façon de faire du cinéma. Le stop motion exige du temps, denrée rare dans la production cinématographique. Chaque élément du décor, personnage, costume est créé à la main en miniature, puis animé image par image grâce à des prises de vues photographiques : 68 marionettistes, 45 animateurs, assembleurs et modeleurs, 18 menuisiers, 18 modélistes, 6 assembleurs, 12 peintres de paysages, 11 paysagistes et 10 constructeurs de plateau pour créer les décors, 93 artistes pour créer à la main les accessoires, une équipe pour coudre les 250 costumes… et la liste n’est pas exhaustive ! A 24 images seconde, il aura en effet fallu 2 ans et demi pour nos 92 minutes. La vidéo qui suit retrace le travail minutieux fournies par les équipes de Laika.

Le film est en effet un petit bijou du genre. Mêlant subtilement animation 3D et animation image par image, le tout servi par une réalisation fluide et audacieuse, ParaNormanimpressionne par sa justesse. La scène du combat final avec la sorcière est une très belle réussite du genre ; 3D, effets spéciaux, lumières et stop se conjuguent pour nous créer une  scène à la poésie visuelle complètement bluffante.

Un mélange subtil de 3D et de plastiscine

Des plans léchés

Textures subtiles, expressions fascinantes du visage, décors pleins de vie, effets visuels soigneusement distillés, le stop motion, supporté par une photo et une ambiance lumière impeccable, poétise l’univers de notre petit Norman et nous rendrait (presque! faut pas pousser mémé dans les orties non plus) insensible à un Wall-E.

ParaNorman prouve que l’on peut faire encore des films d’animation artisanalement, demeurant visuellement jubilatoire et ne perdant pas en rythme. Les réalisateurs semblent ainsi ne plus rien se refuser en stop motion, la scène de course poursuite en van dans la forêt est incroyable de dynamisme.

Des impressions 3D interchangeables

De façon artisanale, certes, mais largement épaulés par les nouvelles technologies… Le studio Laika a en effet utilisé l’impression 3D (technique qui nous est chère et qui a fait l’objet d’une série d’articles sur ce blog) pour réaliser ses figurines, et notamment leurs expressions faciales. Cette petite révolution technologique laisse présager de beaux jours pour le stop motion : les personnages de ParaNorman cumulent à eux seuls 31 millions d’expressions faciales (1,5 millions juste pour Norman) contre 170 000 pour Coraline et 12 à 15 000 pour Mr Jack. Assistés par ordinateur (on crée au préalable l’animation en 3D), on peut désormais imprimer l’expression faciale correspondant à chaque mouvement de lèvres, avec une grande précision… Le fameux Lip Sync (synchronisation labiale pour les intimes), souvent raté  en 3D et pour ne pas dire inexistant en stop motion, est ici quasiment parfait !

Le savoir-faire artisanal, conjugué à l’utilisation de nouvelles technologies ainsi qu’avec le talent indéniable des deux réalisateurs, rend l’animation incroyablement fluide pour un stop motion.

Laika, qui confirme l’essai après Coraline, a su en à peine deux films innover et renouveler le stop motion… pas mal pour un « petit » studio…

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