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Art, artistes et sculpture numérique : la révolution de l’impression 3D

Les entreprises ont contribué à stabiliser les produits de l’impression 3D, en encourageant à la création de prototypes « fonctionnels » qui ont les mêmes propriétés mécaniques que le modèle usiné (cf. notre précédent article sur le prototypage rapide): les nouvelles résines utilisées dans la photopolymérisation permettent de créer des objets à la rigidité et la résistance très proche d’un thermoplastique.

Ils tâchent à présent de diversifier les matières : les travaux du chercheur français, Thierry Chartier, ont ainsi récemment abouti à la création d’une résine photosensible, capable de produire des objets en céramique dense.

Ce rôle de lobbying, les entreprises ne sont cependant pas les seules à le jouer.

Artistes : un moteur de l’innovation

utilisation du procédé d'impression 3D dans l'art

Chant Cosmique (1994) par Christian Lavigne

Si pour les entreprises, il s’agit surtout de produire rapidement des prototypes, qui sitôt utilisés tombent dans les oubliettes, il en va autrement pour les artistes et les designers. Il est primordial pour eux de réaliser des œuvres d’art pérennes et de pouvoir diversifier les matières utilisées; il faut dire que la résine et le plastique, ça va deux secondes!

Jouant un rôle de lobbying et de soutien au développement de l’impression 3D, les premiers artistes numériques n’ont pas hésité à s’associer avec de prestigieux laboratoires de recherche. Christian Lavigne a ainsi réalisé la première sculpture française en stéréolitographie en s’associant avec l’Ecole Centrale.

Aujourd’hui, les ateliers de prototypage rapide, anciennement seulement dédiés à l’industrie, ont saisi l’opportunité et développent, à côté de leurs prototypes, des marques proposant des modèles « design ».

En somme, l’évolution de ces techniques vient de la confluence entre l’état de la recherche, le besoin des industriels et celui des artistes, soit le souci de créer des prototypes fonctionnels (donc en règle général stables…) et celui de créer des œuvres d’art pérennes.

Un nouveau processus de création

Dans le domaine du design et de l’art, les possibilités se trouvent démultipliées par ce type de technique : formes délirantes (digne sd’un épisode de Star Trek), volutes folles, transparences…

L’utilisation de ces techniques engendre inévitablement un nouveau processus de création. Le modèle numérique est malléable, modifiable : imaginez un sculpteur qui peut se tromper et revenir en arrière… ceci change complètement la méthode de création, l’approche du travail et sa technique.

En tant qu’infographistes 3D, nous avons ainsi déjà collaboré avec des artistes contemporains pour la réalisation de leur modèles 3D, en vue d’une impression 3D.

De nouveaux artistes

Fractal Flowers, sculpture digitale de Miguel Chevalier en stéréolithographie

C’est bien une nouvelle forme d’art et d’expression, une nouvelle pratique artistique plus qu’une modification de la pratique préexistante… et cette nouvelle pratique a ses nouveaux maîtres, sculpteurs du virtuel.

Anciennement, ceux-ci étaient considérés comme de simples techniciens : sculpter numériquement ne serait pas une forme d’expression artistique, les modèles sont reproductibles à l’infini… Enfin… que d’arguments classiques…

Les mentalités tendent à changer pour faire de ces artisans du numérique, des artistes à part entière: expositions, lieux consacrés (Le Cube ou la Gaîté Lyrique), réflexions sur la place du numérique dans le monde de l’art contemporain… Quoi qu’en disent les impétrants du monde de l’art, de nouveaux artistes émergent… à force de persévérance.

Collier en poudre de nylon frittée, par Miguel Chevalier

Miguel Chevalier, qui s’intéresse au numérique depuis 1978 (ça date!), est un de ces artistes; il expose en ce moment à Colmar (c’est pas la porte à côté) mais aussi à Paris à l’espace culturel Louis Vuitton. Cet artiste complet, utilise toutes les formes d’expression numérique à sa disposition : installations interagissant avec les visiteurs, installations sonores et visuelles, vidéos, sérigraphies sur plexiglas ou stéréolithographies… Ses Fractal Flowers sont générées de façon variable au moyen d’un code de programmation, une sorte de jardin virtuel en mouvement : la stéréolithographie matérialise cette réalité virtuelle, autogénérée.

D’une certaine façon, il met un terme au débat récurrent entre réel et virtuel, la stéréolithographie est un pont entre de multiples réalités; virtualisation du monde réel? naturalisme de la création virtuelle ?

Ce qu’on remarque dans les créations de ces artistes, c’est très souvent une esthétique mixte nouvelle: entre naturalisme et univers numérique pixelisé.

De l’art au design et à la mode : une nouvelle esthétique?

Fractal T. : design de Matthias Bär, table en époxy

Fractal T. : table en epoxy par Matthias Bär

Lampe imaginée par la finlandaise Janne Kyttänen et réalisée en stéréolithographie

Lampe en stéréolithographie par Janne Kyttänen

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chaise designée par Patrick Jouin en stérélothographie

Collier en stéréolithographie par Doug Bucci

Le design s’est lui aussi approprié cette nouvelle méthode de production, rapide, et de plus en plus stable. Celle-ci permet en outre d’innover et de proposer de nouvelles formes plus complexes, formes qui (bizarrement?!) sont parfois assez analogues avec celles des artistes. On retrouve également la même approche pour les créations de bijoux en stéréolithographie, avec des créations aux formes complexes, particulièrement inhabituelles dans la bijouterie, qui font référence à la nature ou alors à des réalités virtuelles pixelisées. La mode s’approprie également cette méthode de production et cette esthétique. Tant dans l’art que le design, la stéréolithographie semble imposer une nouvelle esthétique.

Attention… question existentielle: pourquoi? A bien noter, les réponses n’engagent que moi!

Chausures en impression 3D imaginées par Andreia Chaves

Petit 1: l’évolution des technologies permet de repousser les limites techniques qui s’imposaient au designer et à l’artiste jusque là… d’où une espèce d’effet d’opportunité: réaliser des formes impossibles (ou difficilement réalisables) auparavant.

Petit 2 : Les objets imprimés jouent souvent sur le vide pour une raison simple, on utilise moins de matière première, donc l’objet, bien que plus complexe, est moins cher à produire. C’est ce qu’on appelle « le paradoxe de la complexité« .

Petit 3: Cette esthétique fait souvent référence à la nature, avec des formes organiques: l’éponge pour Janne Kytannen, les arbres pour Matthias Bär. Bon d’une part, c’est assez amusant de jouer avec des formes organiques lorsqu’on crée une œuvre en plastique. Ensuite dans un monde du tout numérique (virtualisation des échanges, livres numérisés, et j’en passe et des meilleurs), on assiste en réaction à un retour à la nature (Bio & Co). L’art et le design mettent ainsi en abîme le paradoxe virtuel/réel. Comme l’informatique, la nature est régie par les mathématiques: les Fractal Flowers de Miguel Chevalier ou la  Fractal T. de Matthias Bär font référence à cela.

L’art et le design ont su s’approprier ces nouvelles méthodes de production, et parfois les ont même initiées. Ceux-ci n’en sont pas néanmoins restés indemnes : de nouveaux artistes, de nouvelles pratiques artistiques et une nouvelle esthétique.

Quel pourrait donc être l’impact de l’impression 3D sur la société?

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